Vous trouverez ci-dessous la lettre que nous avons envoyée début juillet au Conseil National du Bruit du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire.

Suite à ce courrier, nous avons obtenu une réponse de la DGAC.

Nous avons répondu à la DGAC, voir notre réponse ici.


Ministère de la Transition Écologique et Solidaire
Conseil National du Bruit
246, boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Noisy-le-Grand, le 1er juillet 2020

Objet : Nuisances sonores générées par l’aérodrome de Lognes-Emerainville

Mesdames, Messieurs,

Riverains de l’aérodrome de Lognes-Emerainville, nous subissons depuis de longues années les nuisances des survols de nos habitations par des avions-école qui effectuent des tours de piste, une activité qui va s’intensifiant d’année en année.

Une fois terminée la période de grâce qu’a été le confinement – la seule période de silence que les riverains aient jamais connue – l’aérodrome de Lognes a repris son activité avec une intensité telle qu’elle a suscité l’exaspération des riverains, qui en subissent la nuisance sans aucune contrepartie. D’ailleurs, une pétition est en cours, voir https://www.change.org/p/les-responsables-politiques-nuisances-aérodromes-de-lognes.

Presque spontanément et grâce aux réseaux sociaux, s’est constitué un collectif, que nous avons tout récemment converti en association. C’est pourquoi, suite aux démarches infructueuses entreprises par le passé par diverses associations et collectifs ici et là, nous avons décidé par la présente de vous soumettre notre dossier qui, nous semble-t-il, relève  des questions traitées par le Conseil National du Bruit.  Nous espérons que vous vous en saisirez et que vous trouverez une issue pour mettre fin à notre souffrance.   

L’aérodrome de Lognes-Emerainville

Premier aérodrome de France d’aviation légère privée, l’aérodrome de Lognes-Emerainville est utilisé entre autres pour la pratique d’activités de loisirs et de tourisme, en vol à vue, de jour uniquement. Il abrite plusieurs écoles de pilotage, ainsi les aéronefs effectuent-ils en permanence des tours de piste gênant considérablement les habitants. S’agissant d’élèves, il n’est pas rare que le tour de piste ne soit pas respecté, mais le trafic est tel que le strict respect du tour de piste ne saurait de toute façon résoudre le problème de nuisance, les problèmes de débord sont anecdotiques au regard de la nuisance globale.

En effet, dans son Plan d’Exposition au Bruit de 2019, l’aérodrome de Lognes-Emerainville déclarait un trafic de 78 616 mouvements par an en 2013 (nb : pourquoi communiquer des données si anciennes ?). Le trafic est ouvert  du lever du soleil moins 30 minutes au coucher du soleil plus 30 minutes, 365 jours par an. Aucune plage de tranquillité n’est prévue. Cette situation est très difficile pour les riverains.

Depuis plusieurs décennies, des voix s’élèvent contre ces nuisances ; des rencontres ont eu lieu entre pilotes et riverains, mais n’ont conduit à aucune amélioration sensible. Il faut souligner, car c’est important, qu’il est très difficile pour les riverains d’attirer l’attention de leurs élus. En effet, ils sont répartis sur une dizaine de communes et ne représentent dans chaque commune qu’une toute petite partie de la population. Aussi ne constituent-ils une priorité pour personne, et ressentent-ils un pénible sentiment d’abandon.

A notre connaissance, aucune charte de bonnes pratiques n’a été établie par l’aérodrome de Lognes-Emerainville, et si tel est le cas, nous n’en trouvons pas trace. Quoi qu’il en soit, l’urbanisation intense de la zone ne semble laisser aucune marge à l’aérodrome pour ce qui serait d’adapter le tour de piste, et certaines zones, que ce soit ou non à cause des débords tolérés, semblent condamnées aux survols. Les avions de l’aérodrome de Lognes-Emerainville seraient déjà de classe A pour la grande majorité, mais cela est loin de résoudre le problème de nuisance.  Pour ce qui est de la communication entre les parties, à l’initiative des riverains, une page Facebook a  été dédiée au dialogue entre pilotes et riverains  (https://www.facebook.com/avions.Lognes/?modal=composer&notif_id=1593185996261844&notif_t=aymt_biz_growth_gain_fan_upsell_tip&ref=notif) ; le dialogue a été difficile et n’a conduit a aucune amélioration.  La lecture des échanges laisse même apparaître un certain mépris pour la souffrance du riverain.

Dans la dernière révision de son Plan d’Exposition au Bruit de 2019, le rapport du commissaire enquêteur prévoit à la page 5 une augmentation notable du trafic de l’aérodrome dans les années à venir (http://www.seine-et-marne.gouv.fr/content/download/35733/277384/file/rapport%20commissaire%20enqueteur.pdf). Pourtant, du point de vue du riverain, la situation est déjà  insupportable (voir avis et témoignages sur notre page Facebook https://www.facebook.com/Aérodrome-Lognes-les-survols-vous-dérangent-Venez-témoigner-113804730343656). Le bruit déclaré dans le PEB, qui classe la très grande partie des zones survolées en zones de bruit faible (« zone D ») ne correspond en aucune façon au vécu des riverains. L’incompréhension est totale.

Les riverains et leur gêne

En effet, les riverains subissent parfois plusieurs centaines de survols dans la journée, de façon plus intensive le week-end, et plus généralement sur leurs temps de pause, car les survols étant le fait d’une activité de loisir, ils s’intensifient particulièrement sur les temps libres de chacun. Avec le télétravail, le problème s’étend à de plus en plus de jours dans la semaine.

Les riverains ne peuvent pas profiter de leurs espaces extérieurs, ni y anticiper une quelconque activité, car les rares périodes d’accalmie ne sont pas prévisibles. En effet, lorsque les vents sont « favorables » et les avions  moins bruyants, cela est  aléatoire, et peut ne pas se produire pendant plusieurs semaines d’affilée, comme cela a été le cas au cours des six semaines qui ont suivi le déconfinement. Par ailleurs, même ces vols « silencieux », à raison de plusieurs centaines par jour, finissent par devenir pénibles.

Les riverains ne peuvent pas espérer trouver le calme en s’enfermant chez eux toutes fenêtres closes, car le bruit traverse les murs. Ils ont pris l’habitude de vivre portes et fenêtres fermées, sans pour autant que cela les protège du bruit, malgré les doubles-vitrages.

Lorsque survient une accalmie, les riverains n’ont généralement pas prévu d’en profiter, en invitant chez eux des amis par exemple, car les réunions en extérieur sont la plupart du temps gâchées par les survols qui couvrent les voix et rendent toute conversation impossible. Cela a des répercussions très marquées sur la vie sociale des riverains. De plus, chaque période d’accalmie est teintée par l’angoisse diffuse que le bruit ne recommence à chaque instant.

Le bruit continuel met les nerfs des riverains à rude épreuve et a des répercussions sur l’humeur. Les rapports familiaux s’en trouvent dégradés, et il n’est pas rare que les riverains arrivent à la fin du week-end complètement épuisés.

Cette nuisance est d’autant plus difficile à accepter pour les riverains qu’ils sont eux-mêmes tenus à des règles de respect de la tranquillité du voisinage, et que les survols, loin d’être des activités de secours par exemple, ne sont que des vols de loisir. Le sentiment d’injustice exacerbe la sensation de harcèlement, l’épuisement,  l’exaspération, la colère, la révolte, le désespoir, autant de sentiments vécus par les riverains. Certains se plaignent en outre de manifestations physiologiques telles que migraines ou acouphènes.

La pollution sonore est si prégnante que les riverains en oublient la pollution environnementale, pourtant elle aussi si nuisible à leur santé. Face au peu d’intérêt manifesté par leurs élus, les riverains ont l’impression d’être une population sacrifiée.

Les mesures du bruit mesurent-elles la gêne ?

L’incommunicabilité entre riverains et aérodrome est due en partie à l’incompréhension sur les indices. En effet, l’aérodrome évalue le bruit produit par les aéronefs à 50 à 61dB Lden pour les zones habitées survolées, zones classées comme « de bruit faible » (50 à  52 dB Lden) et de « bruit modéré » (53 à 61 dB Lden).  (Voir http://www.seine-et-marne.gouv.fr/content/download/35758/277517/file/AIP%20BRCT%202019-08%2011%20février%202019.pdf). Pourtant pour les riverains, la situation est perçue comme intenable, particulièrement les week-ends.

L’indice Lden utilisé dans le cadre d’une modélisation par l’aérodrome calcule un bruit moyen sur 24 heures – sachant pourtant que les avions ne volent pas la nuit – et ne tient pas compte de facteurs de gêne tels que l’intermittence, la répétition, la nature désagréable du bruit, et le fait que les bruits sont subis sur les temps de repos des riverains. Pour les riverains, cette nuisance est perçue comme une torture qui leur gâche la vie.

Même en ne retenant que cette évaluation Lden imparfaite pour rendre compte de la gêne des riverains, il est manifeste que les valeurs déclarées par l’aérodrome de Lognes-Emerainville sont très au-dessus des recommandations des Lignes directrices relatives au bruit dans l’environnement dans la Région européenne de l’OMS  concernant le bruit aérien, qui recommandent fortement de réduire les niveaux sonores produits par le trafic aérien à moins de 45 dB Lden, « car un niveau sonore supérieur à cette valeur est associé à des effets néfastes sur la santé. » Avant même d’avoir parlé de pollution atmosphérique, les riverains ont donc de quoi s’inquiéter.

Quelles solutions ?

Parce que les riverains gênés par les survols sont répartis sur des petites portions de plusieurs communes elles-mêmes réparties sur deux départements, il leur est particulièrement difficile de se faire entendre par leurs élus, et l’émergence ici et là au fil du temps de voix pour s’élever se s’est soldée par des échecs, l’argument principal de l’aérodrome étant son antériorité (donc : les riverains n’ont qu’à déménager), même si la nuisance ne concerne pas l’aérodrome en lui-même mais bien l’activité de loisir. Les échanges entre pilotes et riverains (voir page Facebook citée plus haut) s’apparentent souvent au dialogue de sourds et révèlent beaucoup de mépris pour le riverain et sa souffrance. Les voies de recours habituelles semblent inadaptées à notre cas particulier, si bien que les nombreux échanges qui ont eu lieu au fil des années n’ont conduit, à notre connaissance, à aucune charte de bonnes pratiques, et si charte il y a (nb : où est-elle ?), elle ne résout rien.

L’échec de toutes les démarches entreprises par le passé nous conduit à nous tourner vers vous, car nous subissons des niveaux d’exposition au bruit aérien très nettement supérieurs aux recommandations de l’OMS, et pourtant l’aérodrome prévoit encore d’augmenter son trafic. Nous essayons encore d’intéresser nos élus à notre sort et à porter notre voix, mais il est très difficile à notre niveau de coordonner quelques actions que ce soient.

D’après le site Calipso, les aéronefs de l’aérodrome de Lognes seraient en grande partie de classe A. Cela pourtant ne dissipe pas la nuisance sonore qui reste très au-dessus des recommandations de l’OMS du fait du nombre très important des survols.

Trouver une autre trajectoire pour les tours de piste, compte tenu de l’urbanisation intense de la zone depuis la création de l’aérodrome, et d’après les bilans des réunions entre d’anciennes associations de riverains et l’aérodrome par le passé, semble impossible.

Il paraît donc désormais incontournable de revoir le mode d’exploitation de l’aérodrome, en imposant par exemple le respect de plages de silence, correspondant aux temps de repos de tous (dimanches, jours fériés, pauses méridiennes), comme cela se pratique déjà dans des aérodromes au trafic pourtant moins intense (Pamiers-les-Pujols par exemple). Et même, au bout du compte :  quel est le bénéfice réel du maintien de cette activité sur l’aérodrome de Lognes-Emerainville ?

En résumé :

– sachant que le dernier PEB de l’aérodrome de Lognes-Emerainville s’appuie sur un trafic de 2013 ;

– sachant que les zones définies de « bruit faible »  (zone D) dans le PEB sont perçues comme de nuisance insupportable pour les riverains ;

– sachant que l’indice Lden utilisé pour l’évaluation du bruit prend en compte la nuit, alors que les survols n’ont lieu « que » le jour ;

– sachant que l’indice Lden est particulièrement impropre à mesurer les bruits de type intermittent, comme le bruit aérien, et que les derniers travaux sur le bruit préconisent un indice de type Harmonica (selon Bruitparif) ;

– sachant que les valeurs limites de bruit aérien ont été revues significativement à la baisse par l’OMS ;

– sachant que l’aérodrome de Lognes-Emerainville annonce une augmentation sensible de son trafic ;

– sachant que l’urbanisation de la zone se poursuit intensivement (Grand-Paris) ;

– sachant que la quasi-totalité de la nuisance est générée par l’activité de loisir, et non par les autres activités de l’aérodrome ;

– sachant que cette activité n’a jamais – à notre connaissance – été régulée par une charte de bonnes pratiques malgré son implantation dans le tissu urbain, et que si charte il y a, elle n’est d’une part pas publiée, et d’autre part inadaptée ;

Nous demandons à ce que l’impact de cette activité sur la vie des riverains fasse l’objet d’une réévaluation qui prenne en compte le « droit à la jouissance paisible » du riverain et les derniers travaux sur le bruit.

On nous rétorquera qu’il y a le coût économique. Certes. Mais en regard de ce coût, il y a la santé des riverains et son coût sanitaire, la pollution et son coût environnemental, le préjudice croissant que portera cette nuisance au développement des habitations (car tout cela commence à se savoir), et il y a le « droit au silence ».

Autant de questions qui mériteraient d’être débattues. Hélas, nous sommes bien seuls.

Face à notre dénuement, face à l’urgence de notre situation, face à l’injustice que nous vivons, nous espérons que notre requête retiendra votre attention.

Nous vous prions de croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de notre haute considération.

Yannick Martin

Président


Copies pour information :

  • Mairies de :
    • Champs-sur-Marne (77)
    • Collégien (77)
    • Croissy-Beaubourg (77)
    • Emerainville (77)
    • Lognes (77)
    • Noisiel (77)
    • Noisy-le-Grand (93)
    • Pontault-Combault (77)
    • Roissy-en-Brie (77)
    • Torcy (77)
  • Préfectures de :
    • Bobigny (93)
    • Melun (77)
  • Sous-préfectures de :
    • Le Raincy (93)
    • Torcy (77)
  • Conseils départementaux de :
    • Seine-Saint-Denis
    • Seine-et-Marne
  • Ministère des Solidarités et de la Santé
  • Communauté d’agglomération Paris – Vallée de la Marne
  • Direction Générale de l’Aviation Civile
  • ACNUSA
  • Bruitparif